Il est presque minuit et demi.
C’est encore parti pour une nuit d’insomnie, je crois. Ou bien, une autre nuit où j’aurais beaucoup de difficulté à m’endormir. Ce cauchemar que j’ai fais samedi pendant la nuit me trouble encore
énormément. En fait, je ressens un vide dans le creux de mon cœur, car tout me rappelle. Les bandes-annonces d’un film, où j’entrevois cinq minutes d’un film qui portent sur les difficultés d’un
petit garçon a vivre avec la mort de son père. Les chansons qui ont déjà joués lors des bons moments avec lui. Les endroits où nous sommes allés. Les photos. Serais-je un jour capable de passer
au travers? Honnêtement, la vie n’aurait pas pu être aussi cruelle que m’arracher les gens que j’aime dans d’aussi atroces souffrances que celles qu’il a pu endurées. J’aurais préféré souffrir à
sa place, voire mourir pour que lui puisse survivre et continuer à rendre les gens autour de lui heureux. Honnêtement, ça fait maintenant 13 ans que je me bats pour survivre et que je dois faire
mille fois plus d’efforts que les autres pour être capable de m’en sortir de façon correcte. Je ne m’identifie pas comme la personne ayant souffert le plus sur la planète, ces concours sont
relativement ridicules et puérils puisque les gens ne vivent pas les évènements de la même manière. Mais, pour ma part, j’ai l’impression que je me bats pour des choses que la majorité des gens
ont tout cuit dans le bec. Mais, le dire ne changera rien à ma situation. Je ne veux pas de pitié, je ne veux pas encore me plaindre, j’ai juste besoin de m’exprimer et je ne suis pas capable
d’en parler à personne de vive voix, même pas à des personnes à qui j’étais tout capable de raconter auparavant, même les pires détails scabreux des évènements que j’ai subi. Et pourtant,
maintenant, plus rien ne veut sortir de ma bouche. Et ça déclenche un énorme sentiment de culpabilité chez moi parce que j’ai l’impression que certains pensent que je ne leur fais plus confiance
où que je ne veux tout simplement pas leur parler… ce qui n’est pas le cas. Je suis juste devenue incapable de le faire.
Même maintenant, en écrivant ces présentes lignes, la meilleure chose que je trouve à faire est de ravaler mes larmes. Comme si j’étais devenue totalement incapable de me laisser aller. Et
pourtant, j’avançais dans cet apprentissage depuis les trois dernières années. J’ai fais d’énormes pas en arrière et je suis déçue de moi-même. Dans les trois dernières années, j’ai appris
beaucoup de choses que je ne connaissais pas au niveau personnel grâce à quelqu’un qui voulait enfin m’aimer de manière saine et m’apprendre à me respecter. Dans cette relation, j’avais enfin
l’impression d’être capable de monter les escaliers, un à la fois oui, mais j’évoluais. Maintenant, je régresse. Je me réduis au silence malgré moi parce qu’alors que je dis que ça va d’un ton
totalement niais, mon visage et mon cœur veulent hurler que ça ne va pas, que j’ai juste envie de m’écrouler sur le sol et que je ne sais même pas si j’ai le goût de me relever.
Mon pire problème actuellement, c’est que j’ai l’impression de ne plus avoir de chez moi. Je ne reconnais plus cet endroit qui me paraît complètement vide et inconnu. La mort de mon père est une
grosse pointe dans le diagramme, mais depuis que l’humain me servant de frère est revenu vivre ici, je me sens exclue de ma propre maison. Je n’ai jamais le goût de revenir ici. Parce que tout
est morne, noir et triste. Parce que chaque fois que je mets le pied dans cette maison, au lieu de voir mon père qui me fait des gros yeux accueillants, je vois cet humain qui tord le cœur d’une
petite fille de 8 ans. En fait, c’est triste, je dis 8 ans. Mais en réalité, je ne sais même pas quel âge j’avais quand ça s’est passé. C’est dans ces environs-là. Mais les souvenirs sont
tellement mélangés dans ma tête que je ne sais pas. Je ne sais plus. Les souvenirs sont clairs, l’âge que j’avais ne l’est plus tellement. Bref, je n’ai plus vraiment de chez moi. Les moments où
je me sens bien, c’est quand je suis loin d’ici avec des gens que j’apprécie. Stéphane, le plus souvent.. ou quelques amis qui m’écrivent parfois, ce qui me fait du bien.
Je recommence l’école mardi prochain, les choses vont sûrement s’améliorées même si je commence à perdre espoir. J’ai envie de me défoncer dans une salle de musculation, j’ai envie de me lancer à
tête perdue dans un bouquin, j’ai envie de faire des nouvelles activités. Mais quand j’ai la chance de le faire, je stagne. Tout simplement. J’abandonne, comme je suis si bonne à le faire, dans
toute ma lâcheté légendaire. Ma seule fierté actuellement, c’est bien mes résultats scolaires. Heureusement, car j’ai bien failli les obtenir en dépit de ma santé. Si j’étais normalement
constitué, ma santé serait une chose qui m’inquiète en ce moment. Étant constituée comme je le suis actuellement, je m’en fous comme de l’an quarante. Bref, j’ai un horaire extraordinaire pour
l’école et je crois que la disposition des cours risque d’épargner ma santé un peu plus.
Mon souhait serait d’être capable de me vider le cœur. Ça ne me donne rien de me forcer, les mots disparaissent lorsqu’ils sont rendus sur le bord de mes lèvres. Mon sommeil vient lorsque je suis
avec Stéphane, sinon il est plutôt rare qu’il est réparateur, et depuis «samedi-dimanche », je commence à être un peu inquiète. Que vais-je faire si je suis incapable de dormir même chez lui?
Devrais-je recommencer ma routine d’insomniaque? Maux de tête ? Rhumes/grippes/autres maladies désagréables à répétition? Burn out?
Burn out, c’est un joli mot. Puis-je être en burn out de ma vie de merde qui se fend littéralement en soixante-six pour me démolir? Prendre des petits médicaments verts pour tout oublier? Me
cacher sous mon tapis ? Disparaître pour quelques années. Revenir et que les choses soient plus colorées ?
Mais si je partais, les gens m’en voudraient. Les gens ne comprendraient probablement pas et ils m’oublieraient. Ce que je voudrais, c’est m’oublier pendant un certain temps. Histoire peut-être
de recoller les morceaux de mon cœur que quelque chose ou quelqu’un s’amuse à démolir à coup de pied chaque fois que je suis proche d’une réussite.
J’ai tellement l’impression d’être un fardeau pour les gens que j’aime, je le répète souvent. J’ai énormément de difficulté à m’endurer moi-même alors j’imagine difficilement comment les autres
arrivent à m’endurer. Je suis constamment en montagne russe, je change d’humeur cinquante fois dans la même journée, j’ai l’air d’être la plus grosse égoïste au monde parce que je me sens comme
ça. Pourtant, je suis loin d’être égoïste. J’essaie de rendre les autres heureux, par des petites surprises, des petits messages mignons, des petites attentions qui me font du bien à donner. Et
c’est la seule chose qui me fait me sentir importante. J’ai l’impression que cet article va causer bien des problèmes parce que les gens vont encore me reprocher de leur reprocher qu’ils n’en
font pas assez. Je n’ai jamais pensé ça. C’est moi qui en fait trop. Je le fais sans raison, mais des fois c’est inutile. Des fois, j’ai l’impression d’être un objet acquis. Comme si j’achetais
la télévision de mes rêves et qu’une fois installée, je ne la regardais même plus. Comme si ne je faisais que la dépoussiérer de temps en temps. Et je me sens comme ça avec tout le monde. Je
comprends pas pourquoi, les gens..en fait non, une personne se démène pour que je m’en sorte, et heureusement qu’il est la parce que sans lui, j’aurais déjà coulé depuis longtemps.
Il m’a sauvé la vie à plusieurs reprises.
Maintenant, c’est à moi de faire le reste et d’essayer de rapatouiller mes morceaux de cœur, pour une énième fois, les recoller ensemble.. du moins, essayer.
Je manque de courage, de volonté.
J’ai besoin de sortir de ma routine, j’ai besoin de nouvelles activités. Mais surtout, j’ai besoin de partir d’ici, j’espère le plus tôt possible.
Désolée pour ce message rempli d’incompréhensibles plaintes inutiles, je ne veux pas faire de mal à personne.. j’avais juste besoin de me vider un peu le cœur..
Bonne non-nuit.
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